Bergère pour la chambre de la comtesse D’ossun à Versailles par, Jean-Baptiste Boulard 1786.

 

 

Cette bergère de Jean-Baptiste Boulard (Paris, 1725-1789) fait penser par la richesse de sa sculpture et de son ampleur à une origine royale. Boulard avait une prédilection pour les sièges amples.

Cette bergère ne porte aucune estampille, et il n’y est visible aucune étiquette. Le mémoire des fournisseurs de la couronne, nous indiquera ses caractéristiques. Cette grande bergère d’une paire était destinée à la comtesse d’Ossun, dame d’atours de la Reine Marie-Antoinette, et attachée à son service depuis 1781.

Pierre Verlet, dans son ouvrage sur le Mobilier Royal, soulignait que les bois du temps de Louis XVI, tout au moins les plus riches, sont reconnaissables à coup sûr par les mémoires détaillés des sculpteurs, et les étiquettes des peintres, conservés aux archives nationales.

Voyons l’ordre de Jean Hauré, directeur des travaux de menuiserie, au Garde Meuble Royal:

Ordre N°66: fournira faire la sculpture aux deux canapés du meuble, de madame la comtesse daussun à Versailles. La sculpture doit être faite à rubans tournants et piastres sur les consoles avec feuilles d’acanthe.
Le meuble neuf sera exécuté par Jean-Baptiste Boulard, fournisseur de la couronne depuis 1777.
Son mémoire:premier semestre 1786, ordre du 20 février, N°51, pour le service de Madame d’ossun:
2 canapés en ottomanes à trois dossiers et à moulure
4 chaises en forme de voyeuse, pied à guesne et à moulure
6 chaises à la reine, pied à guesne et à moulure
6 fauteuils pareils (pour la chambre à coucher
Une couchette à 2 dossiers cintrés, pieds à guesne et à moulure
Une grande impériale à la choisy
2 tête à tête (les bergères) de 32 pouces de large, à carreaux, pieds à guesne et à moulure
4 fauteuils à carreaux – 4 chaises pour être garnies
La sculpture sera traitée par Nicolas Vallois, collaborateur habituel de Boulard, et sculpteur attaché au service du Garde Meuble Royal.

Mémoire de Hauré, deuxième semestre 1786, ordre du 4 mars, N°66, Versailles, pour le service de Madame la comtesse d’ossun
Vallois pour la sculpture de 2 canapés à rubans tournants, les cocardes aussi en rubans sur les cintres feuilles d’acanthe.

Le mémoire du peintre Louis-François Chatard, qui a peint en blanc verni l’ensemble, précise la sculpture du meuble pour le service de Madame d’Ossun.
Son mémoire, semestre de 1786, ordre du 4 mars N°66
Livrée la peinture en blanc verni de
1 lit à deux dossiers impérial à la choisy
2 tête à tête – 4 fauteuils – 4 chaises
Livrer la dorure d’or brunie de deux canapés ornés de rubans tournants et piastres sur les consoles avec feuilles d’acanthe (l’autre en tout pareil)

Chatard précise que la sculpture est identique concernant les autres éléments du meuble, le reste du meuble constitué de 18 éléments est inscrit dans son mémoire ordre du 20 février N°51.

Ordre N°51
Jean Baptiste Séné exécutera pour la salle de billard de Madame Daussun à Versailles, 2 banquettes avec un marche pied.
Le tapissier Claude François Capin indique dans son mémoire ordre N°51: 2 bergères en tête à tête à carreaux, les plates formes piquées à l’anglaise, joue fermé couvert de damas jaune orné de clous dorés et galons de mesure aux carreaux.

Le registre des meubles reçu nous donne l’arrivée de l’ensemble à Versailles. Les 2 bergères seront placées dans la chambre des appartements de la Comtesse D’ossun, dans le bâtiment dit “vieille aile” donnant sur la Cour Royale.

L’inventaire de 1788 (estimation des meubles de la famille royale au château de Versailles) indique dans la chambre 2 grandes bergères à carreaux couverts de damas jaune. Un autre inventaire dressé en 1790 signale encore la présence des deux bergères dans la chambre à coucher de Madame d’Ossun.

Les deux bergères encore en place au Château de Versailles en 1793 seront dispersées dans les ventes du Mobilier de la Couronne, organisées par la République. Cette Bergère présentée ici semble être le seul élément subsistant de cette importante commande.

Les recherches effectuées sur ce siège ont permis de comprendre son origine par la sculpture dont il est pourvu, la sculpture des accotoirs ainsi que des consoles concernant cette bergère, est similaire avec un tabouret à trois dossiers exécuté par Jean-Baptiste Séné et sculpté par Nicolas Vallois, livrée au château de Saint-Cloud en 1788, pour le service du roi, salon de la félicité, on retrouve les mêmes motifs d’ornement aux accotoirs avec feuilles d’acanthe et piastres aux consoles.

Cette bergère très représentative du style Louis XVI, nous laisse une parfaite représentation et illustre la formidable façon dont traitaient les menuisiers et sculpteurs les sièges destinées à la Cour de France.

Frédéric Happel – Patricia Delandines

 

Cette bergère a reçu une autorisation de sortie du territoire par la direction des musées de France

 

Archives Nationales: série o1/32/88 ordre de Hauré-36/38 mémoire de hauré, boulard, chatard.

36/40 mémoire de capin- 35/70 registre des meubles reçu du garde meuble pour madame d’ossun à versailles. 34/80 état des meubles prêtés du garde meuble de la couronne à madame la comtesse d’ossun en 1788- 34/77 inventaire des meubles de madame d’ossun au château de versailles en 1790- 34/65 états d’estimation des meubles de la famille royale au château de versailles- madame d’ossun en 1788.

 

Bibliographie: Patricia Lemmonier, Jean-Baptiste Boulard menuisiers en sièges l’estampille l’objet d’art n° 239 septembre 1990.

Sebastien Boudry, Chatard peintre doreur du garde meuble l’estampille l’objet d’art n° 387 janvier 2004.

Pierre Verlet, le mobilier royal français édition picard 1990.

Pierre Kjellberg, le mobilier français du XVIII siècle dictionnaire des ébénistes et des menuisiers les éditions de l’amateur 2002.

 

 

 

 

 

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